L'Histoire de Victorine

Mon grand-père Harry, qui se faisait appeler Bob, a longtemps travaillé aux Studios de la Victorine à Nice et a notamment joué dans des films tels que "Et Dieu créa la femme" et "La nuit américaine". C'était un passionné de grands écrans et de chevaux. Son plus grand rêve ? Rejoindre l'Amérique et y avoir un ranch. Il a été abandonné à l'age de 5 ans, suite au décès prématuré de sa maman, direction l'orphelinat de Paris puis placé chez des Gardians en Camargue à l'adolescence.
C'est là bas, que son Amour pour les chevaux naitra. ​
Ma grand-mère s'appelait Victoria. Handicapée depuis ses cinq ans à la suite d'un grave accident de car, à la sortie de l'enterrement de son papa, elle dû faire preuve de courage et de ténacité pour endurer les cinq années d’hôpital qui suivirent.
Femme de caractère, elle travailla toute sa vie pour offrir une vie digne à sa famille, en tirant l'aiguille dans de grands ateliers de couture niçois.
Harry et Victoria
Harry, comédien
dans "Et dieu créa la femme"
Pépé Bob et Mémé Yaya, comme on les appelait enfants, se sont rencontrés dans un cinéma niçois durant la 2nde guerre mondiale. Ils étaient assis l'un à côté de l'autre, ont échangé quelques mots, puis des phrases, puis une vie. Pépé Bob était déjà papa d'un petit garçon quand il rencontra ma grand mère. Agé de seulement quelques mois, Mémé Yaya l'éleva comme son fils. Ils eurent également deux filles, ma maman, puis ma tante.
Ils vécurent simplement mais dignement dans leur conciergerie sur l'ancienne Avenue de la Victoire à Nice, aujourd'hui appelée Avenue Jean Médecin.
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Le lourd départ de vie de mon grand père, les traumatismes vécus, fit de lui, un homme écorché vif, insaisissable, difficile, et pourtant tellement aimant et impliqué dans la vie de ses petits enfants.
Ma grand mère, jolie petit bout de femme, au caractère bien trempée, travailleuse et courageuse, adorait ses petits enfants et les gâtait autant qu'elle le pouvait. Je me souviens de ses mains quand elle plantait l'aiguille dans les vêtements qu'elle retouchait, ses lunettes qui pendait sur sa poitrine, sa moue quand elle se grattait les oreilles, son rire si particulier. Son rire, je l'entends encore. Un "Ah Aaaaah" bien à elle, comme une empreinte digitale, qui n'appartient qu'à elle.
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Harry, Figurant
dans "Tamango"
Un jour de février 2019, Laurent brassait une Blonde, forte, aux alentours des 7.5%, une nouvelle bière. Ce jour là, Mémé Yaya, alors âgée de 94 ans, dû rentrer à l'hôpital, pour y écrire le dernier chapitre de sa vie.
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Quel nom donner à cette nouvelle bière ? On se regarda avec Laurent, et avec toute notre complicité, le nom de "Victorine" sonna comme une évidence. Une bière forte, robuste, comme l'était mes grands parents. Laurent travailla à la confection d'une étiquette au style PinUp, pour faire un rappel à leur rencontre et l'envoya à l'impression.
Le 7 mars 2019, au petit matin, mon téléphone sonna... Mémé avait rendu son dernier souffle et rejoins le silence.
Et comme une heureuse coïncidence, à midi, ce même jour, on frappa à la porte de la maison. C'était la première livraison des étiquettes de la nouvelle bière !​ Victorine renaissait !
Texte de Estelle Lopez Martinolli.​

Blonde
Gamme "Victorine"

